
Maire de Pléguien (Côtes-d’Armor) depuis 2014, après deux mandats comme conseiller municipal, et président de la communauté de communes Leff Armor de sa création en 2017 jusqu’en 2020, Philippe Le Goux est l’élu de l’Entretien du Mois.
Cet ancien responsable en communication, attaché aux valeurs et aux combats de la gauche, s’est lancé en politique à l’échelle de sa commune rurale ; non seulement pour se rendre utile mais aussi pour faire valoir ses ambitions en matière d’aménagement territorial et de développement rural, ses chevaux de bataille pour bien vivre et bien vieillir en alliant social et écologie.
Place de la ruralité, combat contre l’extrême-droite, ancrage local à gauche et proximité avec le citoyen : voici ses réponses à nos questions.
En tant que maire d’une commune rurale, quel est votre sentiment sur la place de la ruralité dans le débat public aujourd’hui ?
Il me semble que la ruralité est la grande absente des discussions médiatiques. Peut-être parce que le débat public s’organise bien souvent dans les sphères parisiennes ou a minima urbaines. Aujourd’hui, le débat public est lancé sur des plateaux télé, avec très rarement un représentant de la ruralité autour de la table. De fait, les habitants de la ruralité ne se reconnaissent pas dans les propos tenus.
Le mandat de maire revêt-il un sens différent selon l’échelle à laquelle il s’exerce ? Vous avez été président de la communauté de communes de Leff Armor, est-ce un exercice radicalement différent ?
Un maire reste un maire, qu’il ou elle soit maire d’une capitale, d’une ville ou d’une commune. La mairie, et a fortiori le maire, est la première porte d’entrée du service public. Un citoyen vient à la mairie pour se renseigner ; il vient à la mairie pour ses démarches administratives, pour proposer des solutions afin d’améliorer la vie quotidienne sur la commune. Malgré tout, le maire d’une commune rurale est naturellement et directement sollicité sur de nombreux sujets, bien plus qu’en en ville. Le maire est à lui seul multiservices, avec l’appui de son secrétariat de mairie.
Le mandat de président d’intercommunalité est différent, car il est moins en prise directe avec le citoyen. En revanche, je ressens un éloignement entre l’interco et le maire. Cela existe depuis longtemps, renforcé avec les fusions et la tendance manifeste des échelons supérieurs à se satisfaire de parler aux présidents d’interco pour parler aux maires. C’est une erreur à mon avis, qu’il faut rectifier pour redonner aux maires et par ricochet à la ruralité, la place qu’ils devraient avoir, en relation avec le rôle de proximité qu’ils jouent dans le pays.
Dans votre vision, que veut dire être de gauche lorsqu’on est élu d’une ville rurale ?
Pour moi, un élu de gauche dans une commune rurale est un élu proche de ses concitoyens. Comme l’élu de gauche d’une ville urbaine d’ailleurs ! Mais l’étendue du territoire parfois assez vaste, l’isolement, les problèmes de mobilité et de communication, le peu de moyens dont dispose la municipalité, tout cela rend la tâche de l’élu plus difficile.
L’élu de gauche doit avoir l’objectif d’améliorer la vie des gens, avec du bon sens, en proximité avec celles et ceux qui vivent et travaillent sur sa commune.
A Pléguien, le conseil municipal agit concrètement pour faire des valeurs de gauche des réalités ; sur l’écologie et la question des pesticides, nous sommes une commune « zéro-phyto » depuis cinq ans ; nous associons les citoyens aux décisions municipales pour faire vivre la concertation, et notamment les jeunes ; nous nous attachons à préserver la continuité des services publics en les modernisant.
Dans les combats que mène la gauche aujourd’hui, l’ancrage local occupe-t-il une place suffisante ?
L’ancrage local, la présence sur le terrain des élus locaux de gauche ne seront jamais trop prononcés. Nous devons mailler le territoire, aller à la rencontre des gens, des associations, des entreprises pour écouter les attentes, faire des propositions et dire ce que nous faisons dans nos mandats d’élus. Si les Français se sont éloignés de la chose publique, c’est peut-être parce que nous n’avons pas su demeurer proches d’eux, sur le terrain, sur leurs terrains !
Vous êtes vous-même président de l’UDESR (union départementale des élus socialistes et républicains) des Côtes-d’Armor ; quel rôle jouez-vous dans la structuration et la mise en valeur d’un tel réseau d’élus ?
L’Union départementale dans les Côtes-d’Armor ne fonctionnait plus depuis plusieurs années. À ma place de président, en réalité à ma place d’animateur, je souhaite mettre le réseau FNESR à la disposition des élus municipaux, départementaux, régionaux. Le premier rendez-vous organisé à l’échelle départementale est une formation sur le projet éducatif local, qu’animera Yannick Trigance, formateur au centre Condorcet. Mon objectif est de donner envie aux élus locaux de participer à ce temps en commun, pour leur donner envie ensuite d’apporter leur contribution à notre réseau. Aujourd’hui plus que jamais, nous avons besoin d’échanger, de débattre, de construire ensemble le projet de société qui nous ressemble, et non déconnecté de ce qu’espèrent les Françaises et les Français.
La montée de l’extrême-droite au sein des territoires à faible densité est un véritable sujet d’inquiétude : comment combattre l’implantation des idées xénophobes et racistes, et empêcher que le vote de ressentiment ne se transforme en vote d’adhésion ?
J’ai le sentiment qu’il manque, dès l’école, la formation de base à la vie publique, à l’organisation politique, aux partis politiques de notre pays. Il faut dire que la gauche ce n’est pas comme la droite. Il faut dire ce que sont les idées extrémistes. L’éducation a un rôle majeur à jouer dans ce domaine.
Ensuite, nous ne devons pas succomber, nous aussi, à la dédiabolisation du RN. Ce parti est dangereux, disons-le partout, même dans nos villages. Cela nous oblige à être encore plus proches de nos concitoyens, et pour revenir à votre première question, à être présent dans le débat public, pour que, in fine, le rural parle au rural ! C’est peut-être l’une des clés de compréhension de la chose publique que de s’identifier à celui qui s’exprime.